LA PROJECTION EST UNE SITUATION À CRÉER, ELLE EST PARTIE DE L’ŒUVRE : QUE NOTRE FAÇON DE REGARDER DES FILMS ENSEMBLE DEVIENNE UN ACTE DE SUBVERSION
Le film ne s’arrête pas au générique de fin. Il y a la temporalité du film, le côte à côte des spectateurices, ses remous, ses souffles, ses gargouillis. Puis, la salle se rallume doucement pour prolonger ce temps du visionnage, l’amplifier par la multiplicité des expériences vécues. On organise le cercle, la circulation de la parole, on déplace la place de l’auteur, on dépasse son intention ; et le film appartient à toustes.
Face au consensus chiant des événements culturels, il nous faut réapprendre à s’engueuler sans se fâcher, perdre notre temps à sur-interpréter, oser comprendre le monde à travers le cinéma.
Mélangeant le film au trivial, nos projections sont conviviales-schlag. On se fait passer le pâté et on mélange le film à la pizza et aux rires. Nous entrons ensemble dans l’inconfortable et dégoulinante mise en commun de la digestion filmique. Sabotons la bienséance, tout en préservant notre attention aux images et aux autres.
LE FILM EST UN PRÉTEXTE À VIVRE DES TRUCS STYLÉS. NOUS VOULONS PARLER DE TOUT CE QUI NE RENTRE PAS DANS UN DOSSIER DE SUBVENTION ET QUE LES PRODUCTEURS APPELLENT AVEC MÉPRIS « LA CUISINE »
Nous faisons des films comme on conspire, dans un élan combatif qui nous engage et nous rend perméable à ce qui nous entoure. L’acte de filmer réalise notre transformation, celle des territoires que l’on parcourt et des personnes que l’on rencontre. Faire un film = créer du réel.
Nous voulons mettre en commun cette fabrication du film, tant les moments d’extases que les échecs, partager les histoires que l’on se raconte, les choix techniques, économiques, se montrer des versions avalées par les ours du montage et faire exister toutes ces choses infilmables, invisibles à l’écran, invendables.
Parce que le film est une matérialité, nous voulons nous salir les mains comme les yeux pour saisir les manières dont l’agencement technique nous déplie et nourrit nos imaginaires.
AU-DELÀ DES DUALISMES À 2 BALLES, NOUS REMPLAÇONS LA POLITIQUE
DES AUTEURS PAR L’EXPRESSION D’UNE COMMUNAUTÉ. NOS FILMS SONT DES MONDES HABITABLES
Si la notion d’auteur a permis une lutte contre le féodalisme du cinéma industriel, nous faisons le choix de l’abolir. Que le film soit individuel ou collectif, signé ou anonyme, une fiction ou un documentaire, ouvertement politique ou non, ce qui nous importe : est-il l’expression d’une communauté ?
Les films ne documentent rien, n’assoient aucune vérité. Ils forment simplement un espace tissé de nos imaginaires vécus. Les rôles tombent, les frontières aussi. Plus de distinctions entre vie politique cinéma, un seul magma d’expériences à partager.
Nos films sont monstrueux, ils mélangent l’amateur et le sacré, le fond et l’andouillette, le professionnel et l’ordinaire, la forme et le tofu. Ils s’étendent en paysages, en musicalités, en textes ; ils tendent vers quelque chose d’autre que le film, fondent des familles, des univers.
NOUS DÉSIRONS LE CINÉMA COMME LANGAGE ET CONTINUONS DE PENSER QU’IL EST LA MEILLEURE ARME CONTRE LE SPECTACLE
Les films industriels psychologichiant nombrilistobourge ringardofachisant ne parlent pas notre langue. Les sub, les tv, le cnc définissent la forme du cinéma français : un pachyderme. Ces films parlent lisse, linéaire, transparent. Ils parlent creux, ils parlent à des consommateurs, là où nous voulons un cinéma des rugosités, de la complexité, un cinéma qui expérimente, qui surprend, qui attaque, qui invente de nouvelles formes. Et des nouvelles formes de luttes.
Le combat doit se faire aussi contre les images que se donne le Capital pour dominer. Nos batailles s’égarent et perdent leur force à reconduire les formes mêmes dans lesquelles s’exerce le pouvoir – information, publicité, communication. Nous parlons trop souvent la langue de l’ennemi.
Nous voulons des films d’où surgissent des rapports au monde, qui entremêlent les subjectivités et ouvrent nos yeux à un regard qu’on ne leur connaissait pas. Le cinéma invente de nouveaux désirs, expérimente d’autres intensités : la vie se multiplie à travers lui.
NOUS REFUSONS LE CONFORT MORAL DE LA MARGE ET LES UNDERGROUNDS INOFFENSIFS. SANS SCRUPULES, NOUS CHERCHONS DES STRATÉGIES COLLECTIVES FACE AUX INSTITUTIONS CULTURELLES
Ni dedans ni dehors, dans et contre, nous ne voulons pas nous laisser enfermer dans les marges du cinéma. La plupart des propositions alternatives s’y barricadent et oublient d’infester le centre.
Notre cinéma est pris dans des rapports institutionnels : bourses, productions, festivals, distribution, exploitation, etc. Notre position alterne entre un refus salvateur et la nécessité de leur arracher des moyens et du temps. Nous voudrions faire de ce dilemme un problème collectif.
Nous cherchons un chemin loin de la morale pour penser les moyens de production. Ce qui importe n’est pas d’où vient l’argent mais où il va. Assumer que nous sommes aliénés, atomisés par l’économie : partir de là. Construire une organisation depuis laquelle mettre à bas la concurrence, sortir les savoirs des institutions, pirater des subventions, mettre en commun.